Une Randonnée   CANAL +    719,6 km de bonheur

Suite à l’organisation par le club en 2017 du raid « Saint Benoit – Bordeaux - Sète » je m’étais mis en tête de faire en solitaire un parcours de ce type en suivant principalement le canal de  la Garonne à partir de Bordeaux puis le canal du midi à partir de Toulouse pour terminer ensuite jusqu’à La Seyne sur mer près de Toulon.  Il restait à trouver des chambres d’hôte tous les 90-100 km ce qui n’était pas si aisé car + ou – 20 km en vélo chargé  ça n’est pas rien.

J’avais prévu à l’origine de partir de Blaye en Gironde et de traverser le fleuve par le bac de Blaye. Pour des raisons de commodités le départ fut finalement donné au pont de pierre à Bordeaux. De plus cela me permettait de tester mon tendon d’Achille encore un peu douloureux sur une distance  plus courte pour être sûr qu’il tiendrait bien le coup.

 

JOUR 1 – Bordeaux – Sauveterre de Guyenne  58 km

C’est vraiment le départ. Ciel incertain.

     
Les premiers tours de roue sur la piste Serge Lapébie

Finalement en fin de matinée, il ne pleut pas même si c’est bien noir . Déjeuner à Frontinac un petit bled perdu un peu en dehors de la piste. J’y rencontre un autre cyclo qui, lui, remonte vers Royan. Nous échangeons gentilment. La patronne nous donne moultes détails sur son village. Dès la fin du repas pris en extérieur, le déluge commence et me poursuivra jusqu’à Sauveterre fin de cette première étape. Je soigne ma tendinite avec de l’argile verte. Je ferais ce traitement avec succès tous les soirs jusqu’au bout du parcours et le tendon tiendra. Merci à lui.

La tour de Sauveterre de Guyenne

JOUR  2 – Sauveterre de Guyenne  - Agen 100,8 km

A la sortie de l’hôtel c’est déjà une pluie battante. Heureusement j’avais fait l’acquisition d’un vêtement parfaitement imperméable. De Sauveterre à La Réole, il n’y a pas de piste mais on passe par des petites routes peu fréquentées mais qui grimpouillent au milieu des vignes. Ensuite la piste est magnifique même sous la pluie. Du côté de Caumont sur Garonne difficile de trouver à se restaurer. Dans un petit village perché j’ai fini par trouver un boulanger qui faisait de bons sandwichs. Des cyclos belges étaient déjà sur place et ils m’ont raconté leur type de rando. Vélos électriques, 40 km par jour et une assistance qui transporte leurs bagages d’un gite à l’autre. Ils ont largement le temps de boire quelques bières dans la journée. Ils m’ont regardé admiratifs reprendre la route sous la pluie. En fin de parcours le soleil commence à pointer et ça fait du bien. Bon gite à Agen.

 

Avec la pluie les sacoches étaient bien protégées (merci Jean Pierre Grandon).

Mais la piste l’était moins par endroit                       un pont canal impressionnant longueur 539 mètres, sur 22 piles

 

Jour 3 – Agen - Grenade 95 km

Soleil revenu, piste parfaite et un canal magnifique, une bien belle journée qui se termine dans un gîte idéal, mais un peu distant du centre. Il faut reprendre le vélo pour aller dîner, mais le resto est sous les halles avec un menu sympa et c’est bien bon .

   
                                                                                                               La pente d’eau de Montech


Une jeune femme s’entraîne sur le canal avec son moniteur qui la suit en vélo

La pente d’eau de Montech (ci-dessus) constitue aujourd’hui une curiosité technologique. Cet ouvrage expérimental unique permettait aux bateaux, jusqu’à 40m de long, de franchir, en une seule manœuvre, 13,30m de dénivelé. Le franchissement se faisait en 20 minutes soit un gain de temps de 45 minutes par rapport au passage de 5 écluses adjacentes dont le gabarit était limité à 30m. Cet ouvrage a cessé son activité en 2009. Il doit être restauré prochainement car il est unique au monde.


Jour 4 – Grenade – Bram 112 km (au lieu des 90 prévus)

On commence par descendre vers Toulouse sur une piste toujours très propre. La traversée de la ville est un peu galère.
Des travaux, des déviations mal signalées, ça y est, on est dans le sud ! Mais ça n’est rien à côté de ce qui nous attend ensuite du côté de Villefranche de Lauraguais. Piste totalement pourrie défoncée par des engins qui abattent les platanes malades pour éviter que l’épidémie ne se répande. La piste est tellement glissante que j’ai dérapé et que le vélo a failli partir au fond du canal. J’ai pris la décision de sortir de la piste « cyclable » et de rejoindre une route assez fréquentée mais carrossable jusqu’à Castelnaudary. De là je rejoins Bram terme de l’étape. C’était une longue journée de vrai VTT avec 112 km à la clé.
Petit motel sympa où je peux nettoyer mon vélo très boueux.

    
A la sortie de Toulouse des péniches habitations                                                      Et un selfie un !

   

                 Un petit exemple de la qualité de la piste                              Un beau petit port

 

Jour 5 – Bram – Le Somail  98 km

Journée encore difficile car la piste est peu praticable. J’ai dû en ressortir pour prendre la route parallèle jusqu’à Carcassonne.
Mais le soir quel plaisir d’arriver au port de « Le Somail » où un gîte super m’attend tout au bord du canal.
Un grand lit de 180 et une propriétaire des lieux très sympathique.

  
Toujours le long du canal, on apprécie le calme                              la cité de Carcassonne retapissée de jaune

     

Autres vues le long du canal et arrivée à Le Somail

Jour 6 – Etape de repos à Le Somail

Après une bonne nuit, petit déjeuner le long du canal avec les bateaux d’Anglais qui passent sans bruit (voir photo). La propriétaire me propose son jet d’eau pour nettoyer le vélo de nouveau plein de boue. Elle m’offre sa machine à laver pour remettre à niveau mes maillots et cuissards. Le soleil a vite fait de sécher tout ça.
On peut admirer dans le petit village une librairie assez extraordinaire (plus de 50000 livres d’occasion) et un petit musée qui retrace l’historique du canal. Il y a là une quantité imposante de bateaux de location qui n’ont pas encore trouvé preneur à cette saison. Le soir ma logeuse me propose des pâtes mais j’avais repéré un resto qui faisait un bon cassoulet et je ne voulais pas passer dans cette région sans en gouter un. Ce qui fut fait.

     
Le gîte auprès du pont                                                              Le petit déjeuner le long du canal

                   
Une petite partie de la librairie ancienne

Jour 7 – Le Somail – Sète 91,4 km

Une journée sans trop d’histoires . Piste un peu difficile au départ et qui s’améliore ensuite.
De l’animation autour des 9 écluses en cascade près de Béziers. Les Anglais s’ennuient ferme sur leur bateau en attendant que l’eau monte. Après Marseillan-plage une piste cyclable qui est sensible au vent. Le sable est ramené sur la piste et constitue des amas qui peuvent bloquer la progression si on n’est pas attentif.
L’arrivée à Séte a un petit plus. Mon gîte est situé tout en haut du Mont Saint Clair qui se présente sous forme d’un petit coup de cul assez violent après 91 km.

         
La dérivation du canal qui va vers Narbonne                    la piste est parfois difficile a repérer à travers les herbes

     
Juste avant Béziers le passage des 9 écluses en cascade prend beaucoup de temps

        
Béziers                                                     dans les vignes de l’Hérault


Remise de récompenses à Sète

Jour 8 –  Sète—Arles 109,4 km

Matinée agréable via Frontignan, Palavas, la Grande-Motte et Aigues mortes. On est encore en configuration Ouest-Est et le vent déjà fort n’est pas trop gênant. Mais c’est l’après midi que ça se gâte. Une piste cyclable annoncée sur la carte est fermée et je dois rejoindre une grande route (la D570) qui relie Les Stes Maries de la Mer à Arles. Plus de 50 km avec un très fort vent de face (70km/h selon la météo) et juste la petite bande blanche sur le bord de la route pour se garer des camions. 110km très éprouvants.


      
Aigues mortes                                                            La Camargue


le vent était loin d’être calme même si la photo fixe ne le démontre pas

Jour 9 – Arles – Saint Chamas Port de Beau Rivage 55km

Je savais que cette étape ne serait pas superbe car les routes au dessus de l’étang de Berre sont très encombrées par les camions et il n’y a pas de petites routes de secours. Petit à petit la température s’est élevée jusqu’à atteindre 39 ° vers Saint Chamas.
C’en était trop, j’étais déshydraté  et j’étais au bout. A 120 km de mon objectif prévu, j’ai téléphoné à Colette pour qu’elle vienne me récupérer. Elle a été étonnée de ma voix qui avait changé avec sans doute la fatigue et la chaleur. Je me suis assis sur une terrasse avec une bonne bière en l’attendant. Le retour dans la voiture climatisée m’a rendu à la vie.

      
Le final du parcours Port de Beau rivage sur le bord de l’étang de Berre

En conclusion

Je n’avais jamais fait de parcours seul de cette façon. C’est une expérience unique que j’ai beaucoup appréciée. Je ne sais si j’aurai l’occasion de faire d’autres parcours de ce type mais j’encourage ceux que ça titille à se lancer sans tarder.